L’IA à l’UCLy : un guide pour donner du sens
Quelle place donner à l’intelligence artificielle dans une université ? C’est une évidence, l’irruption des Large Language Models (LLM) change la donne à tous les niveaux pour les enseignants comme les étudiants. Pédagogie, recherche, apprentissage, évaluation… Tous les aspects de la vie académique sont désormais bouleversés. Comment s’y retrouver ? Quelle réponse apporter ? Face à ces transformations qui traversent toute la société, l'UCLy publie un guide consacré à l'IA. Plutôt que de tomber dans la facilité de l’interdiction, ce texte est une invitation à la réflexion et à la recherche de sens.
Innovation Vie de l'établissement Actualité de l'école
mis à jour le 26 juin 2026
UCLy
Téléchargez notre guide de l’IA
Découvrez le guide d’usage de l’IA de l’UCLy : bonnes pratiques, repères et recommandations pour utiliser l’intelligence artificielle de manière responsable.
Télécharger le guideUne invitation au discernement
« Pas technophobes, mais technocritiques. » C'est ainsi que le recteur de l'UCLy a résumé la position de notre université face à la généralisation de l'intelligence artificielle générative (IAg) et aux bouleversements qu'elle entraîne pour la pédagogie. Sans nier les transformations sans précédent qu'elle provoque dans le travail des étudiants comme des enseignants, l'UCLy a souhaité réfléchir à ses conséquences pour l'ensemble de la communauté universitaire… Jusqu'à voir émerger des questions qui dépassent de loin les travaux universitaires et les examens pour interroger la notion même de mérite !
« Travailler à l’excellence de nos formations ne requiert pas seulement qu’elles soient adossées à la recherche », renchérit le Pr Grégory Woimbée, Recteur de l'UCLy. Il souhaite inscrire l'UCLy dans le mouvement impulsé par le Pape Léon XIV dans sa première encyclique, Magnifica Humanitas. Dans ce document unique, première grande prise de position de son pontificat, Léon XIV traite de l'intelligence artificielle et de son impact sur la communauté humaine.
Au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration significative des conditions de vie de l’humanité ; en même temps, chaque étape du progrès a également révélé la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien.
Pape Léon XIV - Encyclique Magnifica Humanitas
Si la formule appelant à « désarmer l'IA » a captivé les gros titres, l'encyclique présente l'émergence de la technologie dans un cadre plus vaste, un carrefour crucial dans lequel l'humain doit avoir le dernier mot. « Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque, explique-t-il. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. » Le choix ne se situe donc pas entre un oui ou un non à la technologie, fait remarquer le Pape, mais sur son orientation, son utilisation et sa régulation.
Pour une université comme l'UCLy, c'est donc un appel à donner aux étudiants les outils nécessaires pour devenir les décideurs humanistes de demain. « Il nous faut cultiver l’art d’enseigner et d’apprendre à l’ère de l’IA générative » croit Grégory Woimbée.
Ne demande pas comment, demande pourquoi !
« A quoi sert l’éducation ? » C’est en réalité la question posée par l’utilisation de l’IA à l’université. Faut-il étudier pour obtenir une bonne note ? Pour préparer son avenir professionnel ? Pour grandir intellectuellement et humainement ? « L’IA permet de remettre sur le devant de la scène une question qu’on a peut-être un peu perdue de vue » remarque Mathieu Guillermin, l’un des trois auteurs du guide de l’IA de l'UCLy, avec l’ingénieur pédagogique Pierrick Ribo et la Vice-rectrice chargée de la Formation, de la Vie académique et de la Vie étudiante, Emmanuelle Gormally. Le guide se concentre ainsi sur cette recherche de sens, une « invitation au discernement », afin d'aider étudiants et enseignants à trouver des usages de l'IA qui enrichissent véritablement l'expérience universitaire.
Dans ce guide, les auteurs ont choisi de repartir des fondamentaux. « Le but des cours, ce n’est pas d’obtenir un diplôme », tranche Mathieu Guillermin. « C’est de vivre des choses intéressantes, de vivre des choses qui te transforment ! Un étudiant ne peut pas être la même personne en sortant de l’université qu’en y rentrant. »
Le projet NHNAI
Le projet NHNAI, coordonné par l’Unité de Recherche CONFLUENCE : Sciences et Humanités de l’UCLy, est un projet de recherche interdisciplinaire qui vise à rassembler des acteurs issus de domaines variés (informatique, sociologie, philosophie, neurosciences…) afin de réfléchir à la notion d’humain et d’humanisme à l’heure de l’intelligence artificielle.
NHNAI s’appuie sur un réseau international d’universités catholiques et de communautés d’acteurs pour mener des débats collectifs sur ces questions, nourris par les apports de la recherche académique.
Le plus important, selon lui : ne pas se laisser absorber par la quête du résultat. En effet, avec l’IAg, il est devenu possible de faire illusion, d’obtenir de bonnes notes sans les connaissances de base. Mais ce serait surtout dépourvu de sens, comme le remarque le Pr. Grégory Woimbée : « L’IA est une intelligence à laquelle il manque le plaisir. Sans joie, sans émerveillement devant la bonté, la beauté, la fragilité, insensible aux vibrations, incapable de silence, de surprise ou de sidération. Sans le plaisir intellectuel, nous serions bien tristes de nous trouver là, à enseigner, étudier, lire et écrire. » Pour les étudiants, ce serait un triomphe sans lendemain. Pour les enseignants, ce constat oblige à repenser les façons d'enseigner et d'évaluer.
De la théorie à la pratique
Pour offrir aux étudiants les moyens d’utiliser l’IA de manière enrichissante, il est donc indispensable de repenser l’ensemble de leur environnement pédagogique. « L’IA a transformé un débat théorique en question pratique », note Mathieu Guillermin. Pour y répondre, il faudra sans doute remettre en question des idées bien ancrées. Expérimenter de nouvelles méthodes d'enseignement et d'évaluation. Et surtout, maintenir un dialogue ouvert au sein de la communauté universitaire. « Tout ce qui est note, examen, copies, correction… Ce ne sont pas des buts, ce sont des moyens, des signaux de quelque chose qui doit se passer en arrière-plan. »
Èvaluer à l'ère de l'IAg
86% des étudiants utilisent l’IA dans le cadre de leur travail. Mais comment ? Et surtout, comment évaluer la production qui en résulte ? C’est la question au cœur du travail d’innovation pédagogique de l’UCLy aujourd’hui. Retour aux devoirs sur table, présentations à l’oral, inclusion des prompts utilisés pendant un devoir… Toutes les options sont sur la table.
Mais pour Mathieu Guillermin, c’est une discipline partagée entre enseignants et étudiants. « Si mes étudiants peuvent me prouver que ce que je demande ne sert à rien, c’est déjà très bien ! » s’amuse le philosophe. Il appelle surtout à ouvrir le dialogue, à privilégier l’évaluation des progrès plutôt que la quête de la perfection, et d’éviter de chercher détecter l’IAg à tout prix. « Si on est dans la suspicion, on ne peut pas être dans l’évaluation et le jugement bienveillant. Il faut trouver des manières de sortir de ça. »
« Attention, ce guide n’est pas juste une liste de beaux principes », tempère Mathieu Guillermin. S’il n’a pas valeur de règlement, le guide d’utilisation de l’IAg sera inévitablement complété par des règles décidées au sein de chaque composante de l'UCLy. Élaborés au plus près du terrain, ces règlements seront plus agiles, plus faciles à adapter aux évolutions technologiques et aux besoins pédagogiques. « Je ne vois pas comment on ferait sans aucun règlement, certaines limites sont indispensables », reconnaît Mathieu Guillermin. « Ce serait comme dire que lorsqu’on n’a pas le silence en cours, on continue à parler sans se faire écouter. Pour enseigner et valider des connaissances, il faudra toujours des espaces sans IAg. »
Mais à l’heure où l’intelligence artificielle est souvent présentée comme une force inévitable, le sens peut-il suffire face à la déferlante ? « Il ne faut pas avoir l’illusion de pouvoir tout contrôler à 100% », reconnaît le philosophe. « Peut-être qu’on n’y arrivera pas ! Mais tout ce qu'on pourra faire dans le sens de l'éthique et du discernement sera déjà une contribution. Dire qu'on n'a ni le temps ni l'envie de le faire n'a pas de sens. Si on n’a pas le temps, il faut le prendre ! »
Pour en savoir plus
- Sciences et Avenir : « L'intelligence artificielle nous oblige à redire ce qu’est une personne. »
- The Conversation : Avec son encyclique sur l'IA, Léon XIV ne pense plus l’Église comme une citadelle assiégée
L'UCLy et l'IA
À l’occasion de sa rentrée solennelle du 15 octobre 2026, l’UCLy aura l’honneur d’accueillir une chercheuse au parcours aussi atypique que nécessaire. Experte en éthique des affaires et économiste, Sœur Helen Alford est aujourd’hui Doyenne de l’Université Pontificale Saint-Thomas d’Aquin, mieux connue sous le nom de l’Angelicum. Elle a également été nommée Présidente de l’Académie Pontificale des sciences sociales par le Pape François.
L’intelligence artificielle peut-elle prendre des décisions administratives à la place de l’humain ? À travers deux procès fictifs organisés avec la Cour administrative d’appel de Lyon et le Barreau de Lyon, les étudiants de la Faculté de Droit de l’UCLy se sont confrontés à un sujet déjà bien réel : l’utilisation de ChatGPT dans l’action publique.
Une bande dessinée pédagogique a été conçue pour rendre accessibles les enjeux du projet international NHNAI, porté par l’UCLy. Elle invite citoyens, chercheurs et étudiants à réfléchir ensemble à ce que signifie être humain à l’ère des neurosciences et de l’IA.